LES "BLACK PROGRAM": LE PROJET TP AJAX

Publié le par Scaramouche

L'opération conjointe des Etats-Unis et du Royaume-Uni pour renverser le gouvernement Iranien en 1953.

Ce coup d'état en 1953 avait pour but le renversement du gouvernement de l'Iran élu démocratiquement, et de son chef le Premier Ministre Mohammad Mossadegh. Il sera organisé par les Etats-Unis (sous le nom "Projet TPAJAX") et le Royaume-Uni (sous le nom "Opération Londres" pour les Américains). Le coup d'état verra le passage du régime de monarchie constitutionnelle de Mohammad-Reza Shah Pahlavi à un régime autoritaire soutenu par le gouvernement des Etats-Unis. Et son maintient au pouvoir jusqu'à son propre renversement en février 1979. 

 

Le projet dévoilé par un document du service de l'histoire clandestine de la CIA déclassifié en 2000.

L'histoire du programme AJAX a été divulguée la première fois par Tim Weiner dans le New York Times du 29 mai 1997, à la suite de l'annonce par la CIA que les documents relatifs à l'opération du coup d'état en Iran en 1953, avaient été détruits. Puis en 1998 dans le n°35 du magazine Anglais Lobster, qui reprendra et commentera un passage des mémoires du général Iranien Hossein Fardust sur la dynastie des Pahlavi en Iran, publiées en 1978. Et ensuite par James Risen dans l'édition du 16 avril 2000 du New York Times (http://www.nytimes.com/library/world/mideast/041600iran-cia-index.html), mais l'aticle a été supprimé depuis, Lien). 

L'article se basait sur un document déclassifié (intro du document présenté par le New York Times à l'époque, Lien). Ce document de deux cent pages intitulé "Overtrhow of Premier Mossadeq of Iran - November 1952-August 1953", "Renversement du Premier Ministre Mossadegh d'Iran: Novembre 1952 - Août 1953", avait été rédigé en mars 1954 par Donald Wilber, qui était l'un des principaux planificateurs de l'opération. C'est essentiellement un compte rendu après action, basé en partie sur les transimissions entre agence et la retranscription des entretiens entre Wilber et des agents qui avaient été sur le terrain en Iran pour l'opération. Ce rapport sera publié en interne en octobre 1969.

 

"Overthrow of Premier Mossadeq of Iran - November 1952-August 1953".

Liens vers les deux cent pages de la version originale du document:

Page de couverture, Note de l'Historien et Table des Matières

Sommaire

I. MESURES PRELIMINAIRES

II. L'ELABORATION DU PLAN

III. CONSOLIDATION DU PLAN OPERATIONEL

IV. LES DECISIONS SONT PRISES: DEBUT DE L'ACTIVITE

V. PRESSIONS CROISSANTES CONTRE LE SHAH

VI. LE PREMIER ESSAI

VII. ECHEC APPARENT

VIII. LE SHAH EST VICTORIEUX

IX. RAPPORT A LONDRES

X. CE QUI A ETE TIRE DE L'OPERATION

ANNEXE A - Plan Opérationnel Initial pour TPAJAX est Cablé de Nicosie au Quartier Général le 1 Juin 1953

ANNEXE B - Projet "Londres" du Plan Opérationnel TPAJAX

ANNEXE C - Mémorandum du Foreign Office du 23 Juillet 1953 de l'Ambassadeur Britannique Makins au Secrétaire d'Etat Adjoint Smith

ANNEXE D - Rapport sur l'aspect de la Plannification Militaire de TPAJAX

ANNEXE E - Critique Militaire - Leçons tirées de TPAJAX et de l'Aspect de la Plannification Militaire du Coup d'Etat

 

Mis à part ce rapport, il demeure aujourd'hui relativement peu de documents, parce que selon l'ancien directeur de la CIA, James Woolsey, une quantité substantielle de documents a été détruite "par routine" dans les années soixante. Cependant, le résultat d'une enquête menée par la "National Archives and Records Administration" (les archives nationales Américaines), publiée en mars 2000, dira (page 22) que, aucune procédure en vigueur au cours de la période 1959-1963 ne prévoyait l'élimination des documents liés à des actions clandestines et, par conséquent, que la destruction des documents liés au projet Ajax n'était pas autorisée. La CIA reconnaitra plus tard que environ mille pages de documents - non déclassifiés - étaient toujours conservés dans les archives de l'agence.

Durant les années quatre-vingt dix, trois directeurs successifs de la CIA s'étaient engagés à rendre public les mille pages restantes sur le projet (et sur dix autres opérations secrètes de la période de la Guerre Froide). En 1998, le directeur George Tenet est revenu sur ces promesses, et le National Security Archive déposera une plainte en 1999 pour rétention d'informations. Jusqu'à présent, la CIA a refusé de les déclassifier.

 

Les raisons du coup d'état.

En 1951, les réticences de l'AIOC, "Anglo-Iranian Oil Compagny", à renégocier leurs concessions de pétrole et d'augmenter la redevance versée à l'Iran avaient donné un soutien populaire pour la nationalisation de l'entreprise. En mars, le premier ministre pro-occidental Ali Razmara avait été assassiné. Le mois suivant, le parlement Iranien a légiféré sur la nationalisation de l'industrie pétrolière, par la création de la "National Iranian Oil Company" (NIOC). Cette loi a été initiée par la formation du Dr. Mohammad Mossadegh, alors membre du parlement Iranien et chef de file du mouvement pour la nationalisation. En mai, le Shah nommera Mosaddegh Premier Ministre.

Mohammad Mossadegh a tenté de négocier avec l'AIOC, mais la compagnie a rejeté sa proposition de compromis. Le plan de Mossadegh, se basait sur un compromis antérieur datant de 1948 entre le gouvernement du Vénezuela de Romulo Gallegos et la Compagnie Creole Petroleum, qui se partageraient - moitié-moitié - les profits du pétrole entre l'Iran et le Royaume-Uni. Contre la recommandation des Etats-Unis, le Royaume-uni avait refusé cette proposition et avait alors commencé à étudier elle-aussi des plans visant à renverser le gouvernement Iranien.

Durant été, le diplomate Américain Averell Harriman s'était rendu en Iran pour négocier un compromis anglo-iranien. Demandant l'aide du Shah, la réponse de ce dernier sera que: "face à l'opinion publique, il n'y avait pas moyen qu'il puisse dire un mot contre la nationalisation". Harriman a tenu une conférence de presse à Téhéran, appelant à plus de raison et d'enthousiasme pour affronter la "crise de la nationalisation". Dès qu'il parlait, un journaliste se levait et criait: "Nous et le peuple Iranien, tout le monde soutien le premier ministre Mossaddegh et la nationalisation du pétrole". Toutes les personnes présentes ont commencé à applaudir avant de sortir de la pièce. 

La "National Iranian Oil Company" verra la production de pétrole diminuer, en raison de l'inexpérience des Iraniens en la matière et qu'elle avait refusé l'aide extérieur, en disant à l'AIOC qu'elle ne voulait plus que des techniciens Britanniques travaillent avec eux. Cela provoquera ce que l'on appèlera la crise d'Abadan, qui sera aggravée par un blocus des trajets d'exportations maritimes du pétrole Iranien par la Royal Navy. Bien-sûr pour faire pression sur l'Iran pour qu'elle ne nationalise pas l'exploitation de son pétrole. Le PIB Iranien avait augmenté, parce que les bénéfices allaient au trésor national du pays, plutôt que dans la poche des actionnaires des compagnies pétrolières étrangères. En septembre 1951, les Britanniques avaient pratiquement réussit à faire cesser totalement la production de gisement de pétrole du site d'Abadan, et aussi interdit l'exportation par la Colombie vers l'Iran des principaux produits manufacturé par des sociétés Anglaises (y compris le sucre et l'acier),  et avaient gelé les comptes de l'Iran en devises dans les banques Britanniques. 

Dans cette affaire contre l'Iran "anti-nationalisation du pétrole", le Royaume-Uni - représentant l'AIOC - cherchera à faire appliquer des mesures légales via la Cour internationale de Justice de La Haye. Mossadegh dira que le monde apprendrait alors qu'un "pays cruel et impérialiste" voulait voler "un peuple dans le besoin et nu". Mais le Royaume-Uni perdra son procès. En août 1952, Mossadegh invitera un dirigeant pétrolier Américain à se rendre en Iran et l'administration Truman s'était félicité de l'invitation. Toutefois, cela avait bouleversé le Premier Ministre Britannique Winston Churchill, qui a alors insisté pour que les Etats-Unis ne portent pas atteinte à la compagnie Anglaise dans le seul but de faire le jeu de Mossadegh. Le Royaume-Uni combattait alors avec les Américains en Corée, et Churchill rappèlera à Truman, que les Anglais étaient en droit de s'attendre à une "unité anglo-américaine au sujet de l'Iran".

Arrivé à la mi-1952, le boycott du pétrole Iranien était devenu terriblement efficace. De plus, des agents Britanniques à Téhéran étaient en train de travailler pour renverser le gouvernement de Mossadegh. Pour faire pression sur le gouvernement Britannique, l'Iran demandera l'aide du président Truman et pour obtenir une aide financière, celle de la Banque mondiale, mais en vain. La coalition politique de Mossadegh commencait à connaitre des distortions.

Lors de l'élection du Majlis (le parlement Iranien) au printemps de 1952, Mossadegh n'avait rien à craindre d'un vote libre, puisque malgré les problèmes du pays, sa défiance vis-à-vis des exploitants pétroliers étrangers, faisait de lui un patriote et un héros. Mais les agents britanniques déployés à travers le pays, menaient la corruption des candidats, et des responsables régionaux. Ils espéraient avoir une majorité avec des députés qui voteraient pour déposer Mossadegh. Ce serait un coup de force perpétré de l'intérieur en se servant des élections légales. 

Le Front national, soutient majoritaire de Mossadegh, remportait les élections dans les grandes villes. Mais il n'y avait personne pour surveiller le vote dans les zones rurales. Des violences éclatérent à Abadan et d'autres régions du pays où les élections furent vivement contestée. Obligé de quitter provisoirement l'Iran pour La Haye, où le Royaume-Uni avait intenté une poursuite pénale pour le contrôle du pétrole Iranien, le cabinet de Mossadegh préféra organiser un vote pour pouvoir reporter la suite des élections, qu'après le retour de la délégation Iranienne à La Haye. 

Mi-1953, une masse de démissions de parlementaires partisans de Mossadegh réduira le parlement en dessous de son quorum. Un référendum pour la dissolution du parlement (et du même coup les pouvoirs du Premier Ministre Mossadegh pour gouverner) ont été soumis aux électeurs. Le résultat sera de 99,90% d'approbation (2.043.300 "oui" et 1300 "non"). 

Le blocus britannique des ports Iraniens faisait que l'Iran devait s'orienter vers des marchés où elle n'avait aucun succès de réussir à vendre son pétrole. L'embargo a eu pour effet de mettre l'Iran en faillite. Des dizaines de milliers de personnes perdirent leur emploi à la raffinerie d'Abadan, et même si la plupart avaient compris et soutenu l'idée d'une nationalisation, ils préféraient que Mossadegh trouve le moyen de les remettre au travail. Et la seule façon était de vendre du pétrole, ce qui était devenu de plus en plus problèmatique.

Préoccupé par d'autres intérêts Britanniques en Iran, et feignant de croire que le nationalisme Iranien était soutenu par l'URSS, le Royaume-Uni persuada le Secrétaire d'Etat Américain John Foster Dulles, que l'Iran avait été menée à la chute par des agents Soviétiques, exploitant efficacement la mentalité anti-américaine de la Guerre Froide. Mais le président Harry Truman n'était pas d'accord pour renverser le gouvernement de Mohammad Mossadegh. Cependant, en 1953, l'arrivée de Dwight D. Eisenhower à la présidence changera les choses, et le nouveau président sera convaincu de la nécessité d'un coup d'état Américano-Britannique clandestin, organisé en commun. 

 

La préparation de l'opération.

Le coup d'état a été préparé et réalisé en partie par l'administration Américaine du président Dwight D. Eisenhower dans une action secrète préconisée par le Secrétaire d'Etat John Foster Dulles, et mis en œuvre sous la supervision de son frère Allen W. Dulles, alors directeur de la CIA (Mémorandum of Discussion de la 135ème réunion du Security National Council du 4 mars 1953). Le coup était organisé par la CIA pour les Etats-Unis et par le MI6 pour le Royaume-Uni, deux agences d'espionnage qui aideront les monarchistes et les éléments royalistes de l'armée Iranienne. Le plan prévoyait d'employer: la propagande, les provocations, des manifestations, la corruption, les agents d'influence employés, les coopérations sous "faux drapeau", les chefs militaires dissidents, et les manifestants rémunérés. 

D'après un document de la CIA fortement censuré, publié par le "National Security Archive" en réponse à une demande d'accès à l'information selon la loi FOIA, les documents disponibles n'indiquent pas qui a autorisé la CIA à planifier l'opération. Mais il était presque certain que ce fût par le président Eisenhower lui-même. Le biographe du président Stephen Ambrose, a écrit que l'absence de documentations officielles reflète bien le style du président. 

Il existe néanmoins un "Mémorandum pour le Président" du Département d'Etat classé "Top Secret", qui montre que Eisenhower était bien au courant du projet (Lien).

Le document de la CIA cite ensuite un passage de la biographie de Eisenhower écrite par Ambrose:

"Avant de devenir opérationnelle, Ajax devait avoir l'approbation du président. Eisenhower n'a participé à aucune des réunions qui mettaient en place Ajax, il n'a reçu que des rapports oraux sur le plan, et il n'en a pas discuté avec son cabinet ou celui du NSC. L'établissement d'un modèle qu'il tiendrait au cours de sa présidence, il a gardé ses distances et n'a laissé derrière-lui aucun document qui pourrait impliquer le président dans le projet d'un coup d'état. Mais dans l'intimité du bureau ovale, autour d'un cocktail, il a été tenu informé par Foster Dulles, et il a maintenu un contrôle étroit sur ​​les activités de la CIA.

L'officier de la CIA Kermit Roosevelt, Jr., le petit-fils de l'ancien président Theodore Roosevelt, était responsable de l'opération prévue par l'agent de la CIA Donald Wilber. Dans une version de l'histoire de la CIA, écrite par Wilber, il a désigné l'opération de coup d'état sous le nom de TPAJAX." (1).

Et l'on saura plus tard que, à la suite de l'opération, le président Eisenhower aura droit à un débriefing complet à la Maison Blanche, par la CIA.

 

L'exécution de l'Opération TPAJAX.

Le responsable officiel de l'opération Ajax était l'officier de la CIA Kermit Roosevelt Jr., chef de la Division de la CIA pour l'Afrique et le Proche-Orient ("Near East and Africa", NEA); l'agent Donald Wilber était le chef d'opération, le planificateur et l'exécuteur de la déposition de Mossadegh. Le coup d'état dépendait de la participation (ou de la non intervention) du Shah, dans le but de rejeter un chef de gouvernement populaire et Premier Ministre patriote; pour le remplacer par le général Zahedi Fazlollah, avec l'aide du colonel Abbas Farzanegan (un individu convenant aux Britanniques et aux Américains par la détermination de ses politiques anti-soviétiques).

Comme condition préalable à la restauration de la Compagnie pétrolière anglo-iranienne, les Etats-Unis ont exigé le monopole d'extraction du pétrole Iranien pour l'AIOC, cinq compagnies pétrolières américaines, la Royal Dutch Shell et la Compagnie Française des Pétroles. Le but étant de s'assurer l'exploitation du pétrole de l'Iran par les Occidentaux après la réussite de l'opération AJAX.  

Dans la lignée de cet objectif, la CIA a organisé la guérilla anti-communistes pour combattre le Parti Toudeh si ce dernier aurait cherché à prendre le pouvoir dans le laps de temps qu'a duré le coup d'état. Par des documents déclassifiés du Conseil National de Sécurité des Etats-Unis, on sait que le Sous-Secrétaire d'Etat Walter Bedell Smith a rapporté que la CIA avait négocié avec des chefs tribaux, dans le sud de l'Iran, afin d'établir un refuge clandestin depuis lequel la guérilla pourrait être organisée, ainsi que le travail des agents. 

Ayant obtenu la participation du Shah, la CIA a commencé à préparer le plan du coup d'état en avril 1953. Le 19 juin 1953, le plan définitif était approuvé par Kermit Roosevelt pour la CIA. Et à la mi-jullet, le Département d'Etat et le Foreign Office (les ministères des affaires étrangères Américains et Britanniques) donnèrent leur autorisation pour l'opération TPAJAX. Le budget alloué à la station de la CIA de Téhéran était de un million de dollars.

Au début août, la CIA a intensifié la pression. Des agents Iraniens qui se firent passer pour des communistes avaient menacé les dirigeants musulmans de représailles s'ils s'opposaient à Mossadegh, en cherchant à susciter le sentiment anti-communiste dans la communauté religieuse. En outre, la maison d'au moins un musulman de premier plan aurait même été bombardée par des agents de la CIA se faisant passer pour des militants communistes. On ne sait pas si quelqu'un a été blessé dans cette attaque. L'agence a également intensifié sa campagne de propagande. Le propriétaire d'un journal de premier plan s'était même vu accorder un prêt personnel d'environ 45.000 dollars, en éspérant que cela rendrait son organe de presse utilisable pour faire de la désinformation, à toutes fins utiles.

Mais le Shah est resté intransigeant. Dans une réunion le 1er août avec le général Norman Schwarzkopf Sr., le roi a refusé de signer les décrets rédigés par la CIA à l'encontre de Mossadegh et nommant le général Zahedi. Il a dit qu'il doutait que l'armée allait le soutenir dans une épreuve de force. Après plusieurs entretiens avec le général Schwarskopf et Kermit Roosevelt, qui réusirent à le convaincre, le Shah signa les décrets le 15 août 1953.

Lors du coup d'état, Roosevelt, Wilber, et des représentants de l'administration Eisenhower, ont aussi à soudoyer des fonctionnaires du gouvernement Iranien, des journalistes et hommes d'affaires. Ils ont également corrompu des voyous et des criminels pour qu'ils aident à soutenir le Shah et s'opposer à Mossadegh. Le leader déchu, Mossadegh, serait emmené en prison et le général Iranien Fazlollah Zahedi nommé Premier Ministre dans un nouveau gouvernement pro-occidental.

Des fascistes et nazis Iraniens ont joué un rôle déterminant dans le régime putschiste. Le général Fazlollah Zahedi, qui avait été arrêté et emprisonné par les Britanniques pendant la Seconde Guerre Mondiale pour sa tentative d'établir un gouvernement pro-nazi, deviendra nouveau Premier Ministre le 19 Août 1953. La CIA donnera à Zahedi environ 100.000 dollars avant le lancement du coup d'état et un montant supplémentaire de 5 millions le lendemain de sa réalisation (officiellement pour paiement des salaires des fonctionnaires pour le mois en cours). Bahram Shahrokh, faisant partie du programme en langue persane pendant le régime nazi, avait été un stagiaire de Joseph Goebbels et animateur radio à Berlin, deviendra directeur de la propagande. M. Emami-Sharif, qui avait aussi passé quelque temps en prison pour ses activités pro-nazies dans les années quarante, assumera plusieurs postes à la suite du coup d'état, dont celui de secrétaire général de l'industrie pétrolière, de président du Sénat, et de Premier Ministre (à deux reprises). 

 

La réalisation du coup d'état sur le terrain.

Le rôle principal dans le coup d'état a été joué par les Britanniques. Le lieutenant-général Fazlolah Zahedi était un agent Britannique. Le major général Hassan Akhavi (planificateur du coup d'état pour les Britanniques) était le cerveau derrière le groupe de l'ARFAA (des officiers Iraniens pro-anglais). Les frères Rashidian étaient tous des agents Britanniques. Mais Kermit Roosevelt de la CIA est venu en Iran pour surveiller le bon déroulement de toute l'opération. C'était donc une opération Anglo-Américiane conjointe, réalisée en majorité par les Anglais, plus ou moins sous le contrôle des Américains. Le coup d'état avait été prévu initialement pour le 16 août. Mais, de par le propre rapport de la CIA, les horaires du déroulement de ce qui s'est passé exactement durant la nuit du coup d'état diffèrent. Et certains compte-rendus sont contradictoires. Il vaut mieux donc se baser sur ce qui avait été prévu par les putchistes Iraniens.

 

La première tentative.

Le 15 août, Muhammad Reza (ministre du Shah), pour faire appliquer les décrets signés par la Shah, émis deux ordres: le premier était le rejet de Mossadegh de son poste de chef du gouvernement, le second était la désignation de Zahedi à sa place en tant que Premier Ministre. Le modus-operandi du plan prévoyait:

A. Nasiri, alors colonel en charge de la Garde Royale, apporterait à Zahedi sa nomination pour le nouveau poste de Premier Ministre; 

B. Exactement à 22 heures, Nasiri apporterait l'ordre de limogeage de Mossadegh. Deux officiers de la Garde devaient marcher à une courte distance et rester proche de Nasiri pour le protéger contre des éventuels événements imprévus.

Les situations suivantes avaient été anticipées et des plans ont été établis pour les contenir.

1. Mossadegh accepterait l'ordre du roi, ce qui évitait d'avoir à faire un coup d'état par la force, et Zahedi prendrait sa place;

2. Mossadegh rejetterait l'ordre et refuserait de quitter son poste, et dans ce cas, le coup d'état entrerait dans sa deuxième phase. Un coup d'état par la force devenu indispensable serait appliqué (les deux officiers de la gardes devaient, accompagnés d'une uinté de troupes, arrêter le Premier Ministre et le faire emprisonner.

Les détails de la deuxième phase du plan de coup d'état étaient prévus comme suit: 

Trois unités de l'armée, chacune choisie dans une base séparée, seraient mises en état d'alerte. Les commandants de ces unités avaient été choisis soigneusement et toutes avaient exprimé leur soutien à l'opération. Si Mossadegh rejetait son ordonnance de renvoi et avait ordonné que Nasiri soit arrêté et placé dans la prison militaire, les deux gardes accompagnant Nasiri devraient alerter ces unités dans leurs bases par téléphone pour empêcher l'emprisonnement de Nasiri ou le tout faire pour le libérer et l'appuyer pour procéder au coup d'état.

 

Les autres ordres pour chaque unité de l'armée étaient les suivants:

1. Une unité avait l'ordre de se rendre au domicile de Mossadegh et l'arrêter;

2. La seconde unité devait prendre en charge la station de la radio nationale;

3. La troisième unité avait reçu l'ordre de se tenir en réserve au cas où, en attente de nouveaux ordres donnés par le commandement militaire. Zahedi avait été affecté en tant que commandant de l'opération du coup d'état.

 

L'echec de la première tentative et la fuite du Shah qui se réfugiera en Italie.

Le 15 août dans la soirée, le colonel Nassiri Nematollah, le commandant de la Garde Royale, accompagné de quatre camions rempli de soldats et deux jeeps, portait à Mossadegh les firmans (décrets royaux) qui le licenciait et approuvaient la nomination de Zahedir. Deux versions existent de l'heure à laquelle il est arrivé au domicile du Premier Ministre: à 23h50 selon un témoin - donc le 15 août - ou à 1h00 du matin - donc le 16 août - selon le communiqué officiel diffusé dans la nuit. De plus, il y eu un imprévu avec l'arrivée au domicile d'un lieutenant-colonel avec deux camions de soldats, juste deux minutes avant l'arrivée du colonel Nermatollah. D'après la CIA, une possible crainte d'une confrontation entre militaires aura jouée un rôle (l'officier putchiste aurait craint à une turie entre les soldats, et dans le fait que le Premier Ministre, appuyé par un groupe armé, ne s'était pas laissé impressionner). 

Mossadegh, qui avait donc dû avoir été averti de son évincement (probablement par des militaires ou des politiques ayant eu connaissance du complot) a rejeté le document, le considérant comme un faux. Mossadegh fera valoir plus tard lors de son procès après le coup d'état que, sous la monarchie constitutionnelle Iranienne, le Shah n'avait pas le droit constitutionnel d'émettre une ordonnance de rejet d'un premier ministre élu sans le consentement du Parlement. Le limogeage avait déjà été diffusé des des journaux en Iran par la CIA et aux Etats-Unis par le journal New York Times. 

Dès que Zahedi a été alerté de l'arrestation de Nasiri sur ordre de Mossadegh, il a ordonné aux unités de procéder selon le plan. Mais aucune des unités n'a obéit à ses ordres et elles décidèrent de rester dans leurs casernes. En conséquence, Zahedi et ses partisans ont décidés d'entrer dans la clandestinité et se cacher. Le général de brigade Reahi, un partisan de Mossadegh, a été informé des événements. Il a immédiatement ordonné aux trois unités de l'armée d'être désarmées et tout leur effectif placé en prison militaire. Au cours de ces opérations, Reahi a personnellement participé au désarmement de l'une des unités, et il envoya le général Sepahpour (commandant de la Force Aérienne) et le brigadier général Mahmud Amini (commandant de la Gendarmerie) vers les deux autres casernes afin de désarmer les unités restantes.

Pendant de temps, le Shah, avec le général Khatemi (alors major et pilote personnel du roi), Atabai (secrétaire personnel du roi), et Soroya (la reine), étaient à Noshar, une ville du nord, à attendre le résultat du coup d'état. Quand le nouvelle leur parviendra que le coup avait avorté, ils s'échapperont à Bagdad en Irak. Plus tard, quand on a demandé aux commandants des trois unités pourquoi ils avaient désobéi à leurs ordres, ils ont répondu que, comme le Shah était à Noshar, et non dans la capitale Téhéran, ils n'avaient pas osé agir seuls, sans le soutien et la présence du Shah.

L'avion du Shah a atterri à Bagdad pour faire le plein. Mozafar Asslam, l'ambassadeur d'Iran à Bagdad, sous les ordres de Mossadegh, a refusé de rencontrer le Shah à l'aéroport. En fait, aucun des membres de l'ambassade ne lui rendra visite. Après le ravitaillement, l'avion s'est envolé pour Rome. Le Shah a passé deux jours à l'Hôtel Excelsior pendant lesquels les Britanniques et les Américains ont maintenu un contact constant avec lui.

Le Shah, craignant une réaction populaire, s'enfuira donc à Rome, en Italie. Après un court exil en Italie, la CIA poursuivra le coup d'état contre Mossadegh, et fera revenir le Shah en Iran. 

 

Les raisons de l'échec de la première tentative.

1. Un grand nombre de gens étaient au courant du plan du coup d'état. Des gens comme Nasiri, Zahedi, les trois commandants d'unité, deux officiers de la Garde Royale, et un grand nombre d'autres militaires, étaient tous au courant. Par conséquent, le secret était déjà éventé bien avant, provoquant des rumeurs et ainsi l'échec du plan;

2. L'heure retenue (22h00) n'était pas appropriée. Bien qu'il n'y ait aucun autre moment dans la journée, comme alternative pour livrer les ordres de licenciement à Mossadegh dans la plus grande discrétion, l'obscurité était devenue un problème pour les unités agissantes;

3. La réaction des généraux Reahi (ministre de la Défense), Sepahpour (commandant de la Force Aérienne) et Amini (Commandant de la Gendarmerie), ou encore d'autre unité pro-Mossadegh n'avait pas été prévue ou calculée avec précision. Il n'y avait rien qui avait été prévu pour contenir leurs réactions;

4. L'absence de la présence personnelle de Zahedi dans la caserne, pour apporter un soutien moral et psychologique au commandant de l'unité chargée d'occuper la maison de Mossadegh était également un facteur;

5. L'absence du Shah de Téhéran (pas de chef sur place) a eu un effet dramatique sur ces unités.

 

Le Shah en Italie.

Après avoir appris la fuite du Shah, le Parti Toudeh, passera à l'action et dans le cadre des manifestations populaires, commencera à faire enlever les statues du Shah et à crier des slogans républicains. Etait-ce bien le parti Toudeh ou un autre parti se réclamant de lui, ou qui aurait agi en son nom ? La seconde possibilité est sans doute la plus plausible. Parce que les responsables du Parti Toudeh, en fonction de leur longue expérience politique, auraient entamé des négociations avec Mossadegh, par la seule force de leur position, au lieu de provoquer une réaction rapide des Américains, à la suite de l'échec du coup d'état. Toujours est-il que lorsque Mossadegh a remarqué que les rues étaient remplies de partisans du Parti Toudeh, il s'est inquiété. Et il a lui-même contacté l'ambassade Américaine. 

En conséquence, l'ambassadeur Américain a rencontré le Shah en Italie. Le Shah a été informé de la situation à Téhéran, et avant la seconde tentative de coup d'état, un groupe de fonctionnaires Américains s'est de nouveau entretenu avec le Shah. A Téhéran, Mossadegh était également en contact permanent avec les Américains de toute évolution de la situation. Enfin, les parties sont parvenues à un accord.

Allen Dulles, directeur de la CIA, volera alors avec le Shah de Rome à Téhéran. La CIA avait aussi envoyée le major général Norman Schwarzkopf Sr., pour convaincre le Shah en exil de revenir en Iran (Schwarzkopf formera les forces de sécurité qui allaient être connues sous le nom de "SAVAK", pour assurer le maintien du Shah au pouvoir). 

 

Le coup d'état réussit du 19 août.

La seconde tentative. Le modus-operandi du plan prévoyait:

1. Dans différentes parties de Téhéran, déjà bien marquées, des manifestations ont été organisé, leurs dirigeants avaient déjà été choisi avec soin;

2. Le parcours et l'heure pour chaque groupe de manifestants avaiant déjà été choisi. Ils ont commencé séparément et réunis à un moment précis;

3. Les supporters des clubs sportifs étaient aussi appelés à rejoindre les autres groupes qui manifestaient;

4. Les slogans devaient être en faveur de la monarchie et du Shah;

5. Ensuite, les officiers de la Garde Royale se joindraient aux manifestants pour les soutenir avec leurs armes;

6. Une compagnie de chars armés de mitrailleuses et de l'artillerie, devaient rejoindre les manifestants;

7. Lorsque tous les groupes seront réunis dans l'avenue Naderi-Shah, ils devraient se déplaçer vers la maison de Mossadegh;

8. Une petite société militaire a été affecté à occuper la maison de la radio nationale;

9. L'arrestation de Mossadegh, tout comme la prise de pouvoir du général Zahedi, devaient être annoncée par la radio;

10. Zahedi, avec une compagnie de chars, se déplacerait vers les bureaux du gouvernement, l'occuper et annoncer la nomination de son cabinet;

11. Le Shah serait invité à retourner dans sa patrie, et au cours d'une cérémonie spéciale, ferait son entrée dans son palais.

 

Les objectifs ont été atteints. Aucune des unités militaires soutenant Mossadegh n'a montré de résistance et elles restèrent dans leur caserne. Les manifestants, rejoint par des chars et des troupes de Zahedi, se sont dirigés vers la maison de Mossadegh. Tout a pris fin très simplement et le Premier Ministre sera arrêté, ainsi que ces proches collaborateurs, et sa fût maison pillée. Un groupe dirigé par Kermit Roosevelt se trouvait à Téhéran, afin de superviser toute l'opération. Le général Zahedi remplaca le premier ministre Mossadegh, qui sera arrêté, jugé, est avait même en premier lieu été condamné à mort. La peine de mort contre Mossadegh a été commuée en emprisonnement de trois ans dans une prison militaire, puis d'être assigné à résidence jusqu'à la fin de sa vie.

 

Les révélations du chef de station du MI6 en Iran.

Le chef de station du MI6 qui était alors en poste en Iran apprendra beaucoup de choses au général Hossein Fardust, qui suivait son second cour de formation au renseignement au Royaume-Uni, près de dix ans plus tard. Un soir, le chef de station du MI6 en Iran l'a invité à dîner dans un restaurant sur un bateau sur la Tamise. Voici ce qu'il lui racontera:

Au début le Shah n'était pas d'accord pour retourner à Téhéran, et avait proposé aux Américains qu'ils nomment un officier de l'armée à la place de Mossadegh. Les Américains semblaient heureux de cette suggestion et n'ont pas insisté pour son retour. Mais ce sont bien les Britanniques qui ont insisté afin qu'il revienne en Iran. 

Les Américains ont sérieusement recherché un officier qualifié pour remplacer le roi. Mais les Anglais les ont convaincu qu'après une étude détaillée pour la recherche, ils étaient arrivés à la conclusion qu'il n'y avait aucun officier qualifié pour le poste. Et que par conséquent, il était préférable pour le Shah d'y revenir et de reprendre sa place. Les Américains ont acceptés, se sont entretenus avec lui à Rome et organisés le voyage de retour à Téhéran. Ce sont les Anglais qui ont encouragés les Américains à aller de l'avant avec une seconde tentative de coup d'état. S'ils avaient tardés, il avaient peur qu'une prise de pouvoir par les communistes ne se produise. Par conséquent, afin de sauver l'Iran de l'emprise du communisme, ils ont décidé que Mossadegh devait quitter son poste et que le Shah devait rentrer.

Qui est le concepteur et planificateur du coup d'état de septembre 1953 ? 

Ayant versé cent mille dollars à Zahedi pour financer le coup d'état, les Américains ont crédité Zahedi de sa réussite. Mais il n'a pas dépensé un seul dollar à titre de frais, empochant la somme totale pour son compte. En fait, le principal concepteur de toute l'opération du côté des Iraniens, était le major général Akhavi. Au cours de l'opération, il a fait semblant d'être malade, couché au lit dans l'hôpital numéro 2 de l'armée à Téhéran. Il était inquiet à propos d'un possible échec du coup d'état, et ce fût pour lui, un bon alibi pour éviter les soupçons à son encontre. Plus tard, Akhavi a été récompensé par le Shah en étant nommé Ministre de l'Agriculture.

L'un des principaux éléments du coup d'état était les frères Rashidian, Sayf-olah, Ghodrat-olah, Asadoolah. Leur père, Habib-olah, était un agent Britannique. Plus tard, tous ses fils sont devenus des agents Britanniques. Ils étaient assez riches et possédaient plusieurs maisons à Téhéran. Ces frères ont ouvertement travaillé pour les Anglais. Parmi eux, le plus jeune, Asad-olah, entretenait des relations étroites avec la famille royale. Il était particulièrement proche de Ashraf, la sœur du Shah. Il a eu une immense influence sur les sociétés de Téhéran. Plus tard, il a créé la Banque Corporation. Le rôle des Rashidian dans le coup d'état était la mobilisation des petits entrepreneurs, des gens du bazar et les civils par des manifestations pour soutenir la monarchie. Ils ont réussi à mobiliser une foule de cinq à six mille personnes. Ils ont trouvés une femme comme leader, appelée Malakh Eatezadi. Elle a attachée son chadour (voile islamique porté par les femmes) autour de sa taille et s'est tenue sur une jeep pour crier des slogans. Son groupe a commencé à partir de la rue Naderi et se dirigea vers la maison de Mossadegh. L'autre groupe étaient les athlètes du Taj Club qui avaient été mobilisés par le lieutenant-général Khosrovani. Les membres des unités qui avaient été désarmés dans la précédente tentative de coup d'état, avaient été libérés et rejoint la foule.

Le but du chef de station du MI6 - donc des Britanniques - était de faire comprendre au Shah que c'étaient les Anglais qui avaient rendu possible son retour au pouvoir et celui de sa monarchie. Donc, qu'il était redevable au Royaume-Uni d'être au pouvoir. 

Contrairement à la propagande interne de la CIA, pour lui attribuer tout le mérite du succès de l'opération, le coup d'état en Iran n'était pas une opération uniquement Américaine mais une opération conjointe entre la CIA et le service secret Britannique, le SIS, "Spécial Intelligence Service" (service distinct du MI5 et du MI6).

 

Les résultats de la réussite de l'opération.

Le renversement du gouvernement élu d'Iran en 1953 assurait le contrôle occidental des ressources pétrolières du pays et empêchait l'Union Soviétique d'entrer en concurrence avec le pétrole Iranien. Certains religieux Iraniens ont collaboré avec les agences d'espionnage occidentales parce qu'ils étaient insatisfaits de gouvernement laïc de Mossadegh. Six mois après le coup d'état, de par sa gouvernance catastrophique, Zahedi a été limogé par le Shah et sommé de quitter l'Iran, avec en compensation un titre honorifique d'ambassadeur au siège des Nations-Unis à Genève. 

Les grandes lignes de l'opération sont connues: un coup d'Etat en 1953 qui ré-installait le Shah au pouvoir. Mais les dossiers de la CIA, même si ils ont permis aux historiens d'en savoir plus sur TPAJAX, il faut bien dire que plusieurs aspects de l'opération restent à ce jour encore très vague, du fait du manque de documents. 

 

La majorité des archives auraient été détruites.

La CIA, qui avait à maintes reprises toujours promis de rendre public les dossiers de sa mission secrète pour renverser le gouvernement d'Iran en 1953, annonca en mai 1997 "qu'elle avait détruit ou perdu presque tous les documents il y a des décennies" (New York Times du 29 mai 1997).

Un historien qui était un membre du personnel de la CIA en 1992-1993, a révélé dans une interview que même les enregistrements ont été effacés et qu'il existe à l'Agence, une "culture de la destruction". Un autre historien, lui-aussi ancien de l'Agence, Nick Cullather, a déclaré qu'il pensait que des enregistrements sur d'autres opérations clandestines de la Guerre Froide avaient été brûlés.

Il restera malgré tout un enregistrement qui parviendra jusqu'à nous. Dans une conversation téléphonique de janvier 1973 rendue public en 2009, le président Richard Nixon déclarait au directeur de la CIA Richard Helms, qui attendait la confirmation du Sénat pour devenir le prochain ambassadeur des Etats-Unis en Iran, que Nixon voulait que Helms soit un "ambassadeur régional" du pétrole dans les pays du Golfe Persique, et notait que Helms avait été un camarade de classe du Shah Reza Pahlavi. 

Dans les années qui suivront, ce sera l'occasion d'une grande coopération militaire entre les Etats-Unis et l'Iran, et de fourniture d'armes, comme le montre un document du Département d'Etat pour le Département de la Défense de 1972, signé Henri Kissinger, suite à une conversation téléphonique entre le président des Etats-Unis et le Shah (Lien).

Les agences d'espionnage américaines et Britanniques organisèrent un retour de la monarchie en Iran en installant le pro-occidental Mohammad Reza Pahlavi sur le trône où son règne a duré 26 ans. Pahlavi sera renversé à son tour en 1979, par l'Ayatolla Komheni. 

 

(1) Le préfixe "TP" indiquait que l'opération devait être réalisée en Iran. En effet, dans la nomenclature de référencement des dénominations de la CIA, chaque pays se voit attribuer un code abrégé. "TP" est celui pour désigner l'Iran.

 

Sources:

www2.gwu.edu;

www.cia.gov;

www.cryptome.org;

www.iranian.com.