LES "BLACK PROGRAM": LE PROJET ARGUS

Publié le par Scaramouche

Un programme d'essai nucléaire en haute atmosphère dans l'Atlantique-Sud.

Le projet Argus sera l'un des 235 essais atmosphériques d'armements nucléaires, qui sera mené par la "AEC", "Atomic Energy Commission", la "Commission à l'énergie atomique" des Etats-Unis, dans l'océan Pacifique et l'Atlantique en partenariat avec le Departement de la Défense, entre 1945 et 1970 (1). Mais à la différence qu'il sera étrangement le seul à être classé "Top Secret", chose qui n'arrivera qu'une seule fois, durant les 17 années d'essais nucléaires dans l'atmosphère.

La planification scientifique de l'opération sera approuvée par le président en 1958, suite à une série de réunions en février, mars et avril, concernant la "théorie de Christophilos" (cette dernière interessait beaucoup la communauté scientifique). Et la planification militaire avait été établie par le secrétaire-adjoint à la défense et le "JCS", "Joint Chief of Staff", l'Etat-major interarmes (mémorandum du 25 avril 1958).

Argus pouvait être considéré comme un prolongement du projet "Hardtack I", qui avait déjà réalisé des essais en haute altitude en août 1958 avec les opérations "Yucca" sur l'atoll de Bikini dans le Pacifique; "Teak" et "Orange" (aux Iles Johnston dans le Pacifique-Nord).
Officièllement, Argus était réalisée
 pour vérifier une théorie développée par le physicien Nicholas Christofilos au "Lawrence Radiation Laboratory" (LRL) de l'université de Californie. Il avait estimé que les essais nucléaires auraient des effets significatifs, en produisant une injection de particules chargées provenant des explosions nucléaires dans l'espace, à proximité de la planète, en créant artificiellement des couches de radiations, que l'on appelle communément les "ceintures de Van Allen". Cette opération cherchait à prouver (ou à réfuter) cette théorie en tentant la création artificielle d'une telle ceinture. Sous couvert de l'année géophysique internationale de 1958, l'opération Argus sera appelée par les médias par la suite, "la plus grande expérience scientifique mondiale". 

Mais la raison réelle, nous est dévoilée dès les premières pages du rapport technique de la "Defense Nuclear Agency", qui ne sera publié que le 30 avril 1982 (l'opération avait été dévoilée publiquement par l'administration Eisenhower suite à un article du New York times du 19 mars 1959, mais il n'y avait eu aucun rapport de synthèse publié à l'époque pour le projet Argus).
Il y est indiqué comme objectifs (page 1, paragraphe "Fact Sheet"): "...the radiation belt would have military applications, including degradation of radio and radar transmissions, damage or destruction of the arming and fuzins mechanism... ...and endangering the crews of orbiting space vehicles that might enter in the belt...". "la ceinture de radiation aurait des applications militaires incluant la dégradation des transmissions radios et radars, dommages ou destructions de mécanismes d'armement et de mises à feu..." "...et de mettre en danger les équipages de véhicules spatiaux en orbite qui pourraient entrer dans la ceinture...". (2)

A l'origine, le projet s'était vu attribuer le nom de "Hardtack-Argus" et ensuite celui de "Floral", avant de prendre le nom définitif de "Projet Argus". Ces changements seront entrepris "à des fins de couverture et de sécurité". Et il y aura une sévère séparation des différentes parties de l'opération, par d'autres noms de code.

Les différents organismes militaires et civiles collaborant pour le projet Argus étaient:

- Adanced Reaserch Project Agency ("ARPA"), "Agence pour les projets de recherches avancées". L'agence était responsable de l'intégralité de l'opération et dirigeait toutes les autres agences gouvernementales liées au projet;

- Armed Forces Special Weapons Project ("AFSWP"), "Projets spéciaux d'armes des forces armées". Conduira les tests et assurera la coordination avec l'ARPA et les autres organismes participants;

- Army Ballistic Missile Agency ("ABMA"), "Agence des missiles balistiques de l'armée". Elle fournira les missiles qui serviront de lanceurs et toute l'instrumentation des satellites (sera dénommé "Projet 7.1");

- Air Force Special Weapons Center ("AFSWC"), "Centre d'armes spéciales de l'Air Force". Il fournira l'instrumentalisation pour de possibles "fusées-sondes", pour obtenir des données scientifiques sur le résultat des essais (sera dénommé "Projet 7.2");

- Air Force Cambridge Reaserch Center ("AFCRC"), "Centre de recherche de l'Air Force de Cambridge". Il fournira toute l'instrumentalisation pour les installations sur les navires et au sol en Californie (sera dénommé "Projet 7.3").

- U.S. Navy, La marine Américaine fournira le navire qui servira de plate-forme de lancement, des navires d'escorte et les ogives nucléaires pour les missiles ainsi que des navires de soutien logistique (sera dénommé "Projet 7.4");

- Los Alamos Scientific Laboratory and Sandia Coporation, "Laboratoire scientifique de Los Alamos et la société Sandia". Ils s'occuperont de la fabrication des ogives nucléaires et de l'élaboration du système de mise à feu.

 

La responsabilité de toute la logistique concernant le transport des ogives nucléaires sera dévolue à l'ONR, "Office of Naval Research", "Bureau de la recherche navale". Une petite équipe technique du "AFSWP", servant pour la liaison entre les participants.

Mais il y aura quelques additifs au projet Argus en cours de route. Un amendement de l'ARPA au projet ("ARPA Order 4-58", "ordonnance de l'ARPA d'avril 1958"), ajoutera une opération supplémentaire au projet. Celle du lancement de petits satellites sur les orbites polaires, par des avions de combats de la Navy, pour être en liaison avec la "NOTS", "Naval Ordnance Test Station", basée à Inyokern en Californie. 
Durant juin et juillet 1958, il y aura plusieurs modifications dans le déroulement de l'opération. Le "SWTP" désirant augmenter le nombre de lancements. Initialement prévus pour deux seulement, il passera en fait à trois, afin d'augmenter les chances de succès. Le 3 juillet, le lancement supplémentaire qui n'était pas prévu au départ sera approuvé. Le projet subira donc des changements, pour pouvoir se préparer à lancer trois missiles nucléaires.

Cela portera la totalité des fonds investis pour le projet Argus à plus de neuf millions de dollars.

Etonnamment, cette opération d'essais nucléaires aura une période de préparation très courte, qui ne durera que trois mois. Et il n'y aura en fait que cinq mois, entre la date de la décision de sa mise en place et la fin effective du projet (en général, de tels lancements pour des essais nucléaires, prenaient au minimum un an de préparation). La raison officielle sera "parce que de par leur mission permanente les agents avaient une connaissance et un accès direct aux personnes responsables dans les organisations participantes".(3)

 

La "Task Force 88".

La marine Américaine constituera la "Task Force 88" (ou "TF-88") entre la fin août et le début septembre 1958 (par décision du 28 avril 1958). Elle était constituée de 9 navires et de 4500 hommes et elle avait été organisée uniquement pour mener à bien l'opération Argus. L'équipe d'encadrement du personnel (de l'armée et de la marine) se composait de scientifiques, d'officiers techniques et d'ingénieurs, d'officiers de la Navy et temporairement de personnel du "AFWSP", qui occupaient un poste technique. La flotte devait être commandée par la "SWTP", qui avait été désignée pour en être le responsable et en assurer le commandement. La constitution de la flotte sera lancée par le commandant en chef de la flotte de l'Atlantique le 2 juin. Et la décision sera prise le 14 juillet de reporter le commandement de la "TF-88" au "CNO", le "Command Naval Operation", le "Commandement des opérations navales".

Toute la phase de constitution de la flotte sera classée "Top Secret" et "Restricted Data", par le "Limited distribution order 7-58", ordonnance qui visait à protéger le projet en limitant la divulgation de la véritable nature de l'ensemble du projet. Et près de quatre mille badges de "sureté radiologique" (pour la détection de la radioactivité) seront fourni par le "Army Lexington Signal Depot" (mais seulement 264 de ces badges seront distribués et 217 seront utilisés).
 

La "TF-88" était composée de plusieurs "Task Group", "groupes d'interventions" et se décomposait comme suit: 

Le "Task Group 88.1" - "TG-88.1"- Carrier Group.

Le "USS Tarawa" était un navire-catapulteur et transporteur d'engins. Il servira pour le commandement de toute l'opération, avec un commandant nommé en tant que commandant du groupe opérationnel. Il emportait un radar modèle "MSQ-1A" de l'Air Force et un système de communication pour le suivi des missiles. Il y avait aussi 19 avions Grumman S2F, pour les opérations de recherche et de sécurité ainsi que pour avoir des mesures scientifiques et pour des missions d'observations photographiques pour avoir des prises de vues. Et 8 hélicoptères HSS-1 était aussi à bord, pour le transport du personnel et du matériel. Plus un détachement de "Marines".

 

Le Task Group 88.2 - "TG-88.2" - Destroyer Group.

Ce groupe était constitué de quatre destroyers, pour en grande partie assurer une sécurisation de la zone durant les essais.

Le "USS Warrington" assurait l'escorte des autres groupes et interviendrait pour un sauvetage éventuel. Et aussi réceptionner les compte-rendu des avions de reconnaissance utilisés durant l'opération. 
Les "USS Bearss", "USS Hamerberg" et "USS Courtney" se chargeaient de 
la sécurité de surface en patrouillant dans un périmètre de 250 miles, autour du navire de lancement. Pour venir en soutien durant les opérations de surveillance aérienne. Et également assurer une escorte pour les autres navires en même temps qu'une possible mission de sauvetage, si quelque chose se déroulait mal.

 

Le Task Group 88.3 - "TG-88.3" - Mobil Logistic Group.

Ce groupe était constitué par deux navires-cargo ravitailleurs, le "USS Neosho" et le "USS Salamonie", pour assurer un soutien logistique, en équipement et en matériel. Et aussi ravitailler les navires de la "TF-88" pour le retour aux Etats-Unis après l'opération. Seul le Neosho participera bien aux essais, en apportant une assistance de suivi radar des missiles. Pour une raison non précisée, le Salamonie retournera aux Etats-Unis dès l'arrivée de la "TF-88" dans la zone des opérations.

 

Le Task Group 88.4 - "TG-88.4" - Missile Group.

Le navire "USS Norton Sound" était la plate-forme de lancement des missiles. Et servira également de centre de formation pour les équipages impliqués dans les essais durant la phase de préparation (où ils s'entraîneront à l'assemblage, à la maintenance et aux lancement des missiles). Et le "San Francisco Naval Shipyard" s'occupera des modifications sur le navire, pour permettre un lancement de missiles depuis le pont, en toute sécurité. Les essais portaient aussi sur un radar COZI, émettant sur 27 MHz, qui était exploité par l'Air Force Cambridge Research Center, et qui sera utilisé pour surveiller les effets des explosions.

 

Le Task Group 88.5 - "TG-88.5" - Scientific Support Group.

Le "USS Albemarle", était un navire-catapulteur qui sortait d'une révision, et ne figurait pas initialement pour faire partie de la TF-88. Lui aussi, équipé d'un radar COZI et d'autres instruments pour la détection des effets de l'ionisation.

 

Le Task Group 88.6 - "TG-88." - Heardquarter Group.

Ce groupe était constitué par du personnel technique du "Armed Forces Special Weapons Project", destiné à assurer la liaison entre le Pentagone, la Task Force 88 et les différentes agences en liaison avec l'opération Argus.

 

Les missiles utilisés pour les essais. 

Les missiles de type X-17A qui avaient été choisi, n'étaient pas habituels pour des essais nucléaires. Tout comme leur modification et leur préparation par des exercices de lancements de missiles inertes, qui furent aussi menés à bord du "Norton Sound", sur les côte de Californie, avec le "USS Floyd County". Les modifications apportées sur les missiles seront réalisées par "Lockeed Aircraft Corporation", qui était le fabriquant des X-17A. Les essais des missiles modifiés auront lieu aussi sur la côte du Pacifique, au "Point Mugu Missile Range" (avant d'en faire à partir de l'Océan Pacifique).
Ces tests devaient garantir que ce type de missile serait capable d'atteindre les altitudes voulues, de vérifier leur trajectoire, de vérifier le délai du mécanisme de mise à feu, d'assurer un lancement à partir d'un navire, et de voir si le radar MSQ-1A, réussirait bien à le suivre durant sa montée dans l'atmosphère.

Le missile X-17A est un missile à trois étages, qui mesure 13,05 mètres de long sur 2,30 mètres de large et chacun était chargé d'une ogive type "W-25" au plutonium, d'une capacité de 1,7 kilo-tonne.(4)

Argusx17.jpg

Photo de l'un des missiles X-17A sur son pas de tir, sur le pont du "USS Norton Sound".

 

Les essais et le déroulement de l'opération.

Afin de préparer au mieux les essais, il y aura d'abord le lancement de quatre fusées "Deacon" modifiées (qui recevront le nom de code de "Pogo") pour faire une répétition de l'opération (trois fusées le 25 août et une le 26), sans devoir utiliser des X-17A.

Et afin de pouvoir mesurer les résultats des essais, le "Projet 7.1" réalisera le lancement de deux satellites, surnommés "Explorer IV" et "Explorer V". Qui une fois mis en orbite, calculeront par des senseurs et des télémétres les retombées radioactives jusqu'à une altitude de 540 miles (869 mille mètres), des suites des explosions nucléaires.

La raison officielle avancée pour étudier l'effet du rayonnement piégé par le champ magnétique de la Terre, est qu'il était important de choisir un site d'essai où la configuration du champ magnétique Terrestre pouvait piéger et retenir les particules chargées efficacement. Les essais devaient donc être effectués entre 35 et 55 degrés (au nord ou au sud de l'équateur). La limite de l'altitude maximale du missile imposait un test dans l'hémisphère sud, par le fait que le champ magnétique est centré à environ 200 miles au large du centre géométrique de la Terre, qui apporte une zone de piégeage stable de l'ordre de 400 miles, qui est plus proche de la surface.

Dix heures avant le premier lancement, le USS Abermale, quittera la zone pour remonter dans l'Atlantique, est se positionnera au large des Açores.

Les essais nucléaires auront lieu les 27, 30 août et 6 septembre 1958. L'opération se décomposait en trois phases bien distinctes, pour le lancement à partir du même navire, le "USS Norton Sound", de trois missiles, de trois positions différentes, avec des explosions programmées pour se produire à trois altitudes différentes:

- Opération ARGUS I: lancement d'un missile X17-A modifié, avec une charge nucléaire de 1,7 Kt (Kilo-tonne) le 27 août à 2 heures 28 (GMT), à partir du point 38,5° Sud, 11,5° Ouest, situé dans l'Atlantique Sud. L'explosion s'est produite à une altitude de 100 miles (160 000 mètres);

- Opération ARGUS II: lancement d'un missile X17-A modifié avec une charge nucléaire de 1,7 Kt le 30 août à 3 heures 18 (GMT), à partir du point 49,5° Sud, 8,2° Ouest, situé dans l'Atlantique Sud. L'explosion s'est produite à une altitude de 182 miles (293 000 mètres);

- Opération ARGUS III: lancement d'un missile X17-A modifié avec une charge nucléaire de 1,7 Kt le 6 septembre à 22 heures 13 (GMT), du point 48,5° Sud, 9,7° Ouest, dans l'Atlantique Sud.
L'explosion s'est produite à une altitude de 466 miles (750 000 mètres). 

194px-Operation Argus launch

Photos du lancement de l'un des missiles X17-A, tirées du film pris lors de l'opération.

 

Il y aura également la création de deux sous-projets au Projet Argus qui auront leurs propres noms de code, "pour raison de sécurité". Un programme pour étudier les retombées des explosions nucléaires, qui sera appelé "l'opération Midas", et un pour étudier les effets sur la ceinture de Van Allen, qui s'était produite comme prévu suite aux explosions, qui sera nommé "l'opération Jason". 

 

L'opération Jason.

Elle était conduite par le "AFSWC", est son nom interne était "Jason Division of the Reaserch Diractorate". Elle devait mesurer les particules béta, afin de déterminer l'étendu de la ceinture d'électrons, provoquée par les explosions en analysant les données des satellites "Explorer IV" et "Explorer V". Pour cela plusieurs organismes seront sollicités:

- Aerolab development Compagny;

- Lockeed Missile Systems Division;

- Pilotess Aircraft Reaserch Station, basée à Wallops Ilsland en Virginie (recevra le nom de code "Whiskey" pendant l'opération Argus);

- Air Force Missile Test Center, basé à Cap canaveral en Floride (recevra le nom de code "Papa" pendant l'opération Argus);

- Le 72ème escadron de bombardiers, de la base de Ramey, à Porto Rico (recevra le nom de code "Roméo" pendant l'opération Argus).

 

L'opération Midas.

Elle était conduite conjointement par le "AFCRC" et le "SRI", le "Stanford Reaserch Institute". Et pour l'aider dans sa tâche, elle recevra le soutien du personnel de deux bases de l'Air Force, celle de Lajes et celle de Torrejon. Elle devait étudier les effets émis par les électrons, provoqués par les éplosions en haute altitude et l'entrée des retombées radioactives dans l'atmosphère, après avoir traversé le champs magnétique terrestre. Elle devait normalement constater qu'il s'était produit des aurores boréales, des perturbations dans le champs magnétique et des modifications dans les couches de l'ionosphère et une absortion des ondes radios par cette dernière et par les courants terrestres. Et plusieurs organismes seront aussi sollicités:

- Stanford University - Radio Propagation Laboratory, de leurs stations basées à Hawaï et à Palo Alto en Californie;

Air Force Cambridge Reaserch Center, basé à Plum Island dans le massachusets;

- Raytheon basé à South Dartmouth dans le Massachusets et aux iles des Bahamas;

- National Bureau of Standards, basé à Washington DC;

- Office of naval Reaserch, basé à Washington DC;

- Massachusets Institute of Technology (MIT) - Lincoln Laboratory, basé à Ipswich dans le Massachusets, à Sacramento Peak au Nouveau-Méxique et dans les iles Aléoutiennes;

- Army Signal Corps, basé en Arizona, dans le New Jersey et dans le Maine;

- Rome Air Development Center, basé à Laredo au Texas.

 

Ces deux opérations feront leurs études par rapport à cinq variables: la latitude magnétique, l'altitude à partir du niveau de la mer, l'energie dégagée par les électrons, le délai de rejet de radioctivité après détonation, et des calculs pour respecter la dispersion de la radioactivité par rapport au champs magnétique terrestre.

 

Le bilan de l'opération ARGUS.

Le bilan des essais sera concluant et les explosions donneront bien une ceinture artificielle d'électrons qui perturbera les ondes radios et radars. Cette ceinture de Van Allen durera pendant plusieurs mois, démontrant ainsi la validité de la théorie de Christophilos (et les données recueillies serviront pour les essais du projet "Hardtack II").

Une fois que les essais ont été achevés, la "TF-88" a été dissoute, et ses archives dispersées (5). Certains de ces documents ont été détruits ou perdus depuis les évènements. En particulier, parmi les documents manquants, figurent des relevés des niveaux de rayonnement radioactif au cours de l'opération. On détectera plus tard plusieurs cas de leucémie chez les marins qui avaient participés aux lancements (lors de l'opération, 21 badges de "sureté radiologique" étaient devenus positifs, et avaient enregistré une radioactivité, allant de 0,010 à 0,025 roentgen).

Il y aura eu en tout 77 essais nucléaires au cours de l'année 1958.

 

(1) J'ai déjà abordé brievement cette opération dans l'article "L'histoire cachée des pôles (partie 3)". Mais j'ai décidé de la traiter dans les "Black Program" (puisque s'en est un) afin de pouvoir donner plus d'informations. 

(2) Pour voir ce rapport, 138 pages téléchargeables au format PDF, cliquez sur le lien link et pour voir le reportage filmé déclassifié de l'opération, cliquez sur le lien link. Pour en savoir plus sur ce qui était peut-être la raison réelle de l'opération Argus, voyez l'article "L'histoire cachée des pôles (en trois parties), si vous ne l'avez pas lu.

(3) Si "administrativement" parlant, en terme d'autorisations, cela pouvait aller aussi vite, on peut se demander pourquoi jusque-là, cela n'avait pas été le cas pour les essais nucléaires précédents.

(4) En comparaison, la bombe atomique de Nagazaki, elle-aussi au plutonium, faisait 22 kilo-tonnes.

(5) Le projet Argus sera reconstitué, d'après les compte-rendu de briefing et de debriefing de la Task Force 88; du rapport du "NTPR", "Nuclear Tests Personnel Review"; de la plus importante source provenant des Archives Nationales à Washington; du "Naval Operational Archives"; et d'une collecte de documents du "AFWL", "Air Force Weapons Laboratory", qui sera archivée à la "AFWL Technical Library" située dans la base de Kirtland à Albuquerque. Des archives existent encore au "Department of Energy Archives" à Germantown, dans le Maryland et les archives du "Tests Division of the Los Alamos Laboratory", conservées à la "Eisenhower Library" à Abilene au Kansas.

Sources:
Rapport de la DNA, "Défence Nuclear Agency" (réf: 6039 F) sur l'Opération Argus, du 30 avril 1982;
www.nucearlweaponarchive.org.